« Bah vas-y, fais comme chez toi surtout !
- Tu devineras jamais quoi !
- Non c'est clair. »
Je remis la musique en baissant le son et démarrai.
« Qu'est-ce qu'il y a de si important pour que tu m'agresses comme ça ?
- Tiens-toi bien : Alicia m'a dit que les Tokio Hotel venait à la Fnac à Marseille la semaine prochaine pour une séance de dédicace ! Et j'ai dis que tu voulais bien nous y emmener.
- T'as dis quoi ? »
Non mais elle est complètement zinzin celle-là ! Moi ? Emmener toute une bande d'adolescentes en crise voir un groupe de 4 ados d'un boysband ? Elle avait un grain de couscous à la place du cerveau c'est sûr !
« C'est hors de question ! Tu sais que je supporte pas ce groupe, trouve quelqu'un d'autre !
- S'il te plaît ! On sera que 4 ! Ce serait une chance de les rencontrer !
- M'en fous. J'ai pas du tout envie de me retrouver au milieu de groupies en chaleur qui vont me faire perdre encore plus d'audition avec leurs cris !
- Mais t'es pas obligée de rester avec nous. Tu nous déposes et tu vas faire un tour ! Tu pourras en profiter pour aller voir Karim comme ça ! »
Beurk ! Non merci.
« Non, je veux pas. »
Louisa soupira et prit son air de peste.
« Alors il va falloir que j'utilise les menaces. Si tu m'emmènes pas, je balance aux parents que c'est toi qui a pété la vitre de la voiture la semaine dernière. »
Ah ! Je rêvais ou quoi ? Elle était pire que moi cette gamine ! Là j'étais coincée, si mon père apprenait que c'était moi qui avait cassé sa vitre, même si c'était un accident, je pouvais dire adieu à mes vacances au Maroc !
« Tu serai prête à me balancer ?
- Sans aucuns remords ! »
Je souris, elle me ressemblait, c'était pas ma s½ur pour rien ! Sans pitié. Mais voilà quoi, j'allais me coltiner les Tokio Hotel. Enfin, j'avais quand même le choix : le Maroc et Tokio Hotel ou pas Maroc et pas Tokio Hotel. Hum, vu comme ça le choix était vite fait. Merde, j'étais coincée !
« Bon okay. Mais interdiction de crier dans ma voiture et de mettre le CD de Tokio Hotel dans mon autoradio !
- Merci ! T'inquiètes on sera des anges ! »
La galère !
/
Une semaine plus tard, nous étions en route vers Marseille. Nous n'habitions qu'à 20 minutes, ce fût donc rapide. La séance de dédicace était à 14 heures, et il n'était que 9 heures ! Vous voyez le genre ? Louisa m'avait carrément obligée à me lever à 8h, un samedi matin : après avoir passée une soirée à boire et à danser, je peux vous assurer que ça n'avait pas été facile de bouger mes fesses ! Vraiment impitoyable cette fille. Arrivées à destination, il y avait déjà une centaine de filles qui attendaient devant le magasin. Dingue ! Toutes ces filles prêtent à faire le piquet pendant des heures juste pour avoir le gribouillis d'un type sur un bout de papier ! C'était certainement pas moi qui aurait fait ça ! Ca me soulait déjà d'attendre quelqu'un en retard de seulement 10 minutes, alors là ! Je péterais un plomb, pour sûr !
Les filles descendirent de la voiture et se dirigèrent vers la file d'attente. Allez, moi j'allais me désaltérer un peu parce qu'avec cette chaleur, c'était insupportable ! Assise à une terrasse je savourai la chaleur du soleil et mon jus. Je passai plusieurs coups de fil. A 11 heures, je me levai pour partir. Je marchai, telle une touriste dans les rues de Marseille. Un pur bonheur. Soudain quelqu'un venant de derrière moi me bouscula.
« Eh ! »
Je n'eus même pas le temps de crier que déjà la personne en question grimpait dans une voiture noire avec deux autres type.
« Faut pas se gêner surtout ! »
Enfoiré ! Un objet à terre attira mon attention. Je le ramassai : cet imbécile avait fait tomber son téléphone en me bousculant ! Et impossible de le lui rendre, car déjà la voiture disparaissait dans la circulation. Super ! Bon, il était 11 heures 30, les filles devaient m'attendre pour leur sandwich. Hop, le téléphone dans ma poche. Je m'en occuperais plus tard ! Après tout, il méritait bien de stresser un peu pour son téléphone. Je me dirigeai vers une boulangerie et achetai de quoi manger et boire avant de retourner jusqu'à la FNAC.
« Alors les filles, c'est pas trop long ?
- Non ça va. Toute façon ça vaut le coup d'attendre ! »
Elles commencèrent à s'extasier en pensant à cette rencontre. Je décidai d'attendre avec elles jusqu'à l'ouverture des portes, histoire d'être sûre qu'il ne leur arriverait rien. La séance, prévue à 14 heures, ne débuta qu'à 14 heures 30. Tout pour me foutre les nerfs quoi. J'entendais déjà les cris des filles qui commençaient à me casser les oreilles. Nous entrâmes enfin. Heureusement, nous étions parmi les premières.
« Tiens, tu demandes un autographe à Bill pour moi s'il te plaît ! »
Louisa me fourra dans les mains une photo d'un garçon aux cheveux noirs, longs et à l'air féminin.
« Non non non, je m'affiche pas avec ça moi ! T'as vu ma tête ? Est-ce que j'ai vraiment l'air d'une fan ?
- Tu vas pas rester comme une godiche devant eux ? Il faut au moins que t'ai un truc à leur faire signer pour pas avoir l'air trop HS ! »
Je n'eus même pas le temps de répliquer. Les filles me poussèrent et je me retrouvai d'un coup devant un garçon blond, avec une casquette sur la tête. Je reconnu un des membre du groupe. Pas possible, voilà à quoi j'en étais réduite ! Du haut de mes 20 ans, je me retrouvais là, telle une gamine à demander un autographe. Je lui tendis le papier sans un mot. Il me sourit, je lui rendis son sourire machinalement. Je passai aux autres, jusqu'au dernier. Un dreadu. J'aimais bien les dreadu en général, c'était assez mon style. J'aurais pu le trouver mignon s'il n'avait pas fait parti de ce groupe. Je lui tendis le papier, comme aux autres, avec un petit sourire, sans plus. Sauf que lui ne me lâchait pas des yeux. J'avais presque envie de lui demander s'il avait pas un problème. Il écrivit quelque chose sur le papier et signa avant de me le rendre. Je voulus saisir le papier et m'enfuir en courant mais il ne le lâcha pas. Il se pencha vers moi et me demanda :
« Je pourrais avoir ton prénom ? »
Hein ? Je faillis lui demander de répéter. Une femme assise à côté de lui se pencha à son tour et me traduisit :
« Il voudrait savoir ton prénom.
-Ouais ouais, j'ai compris. »
Je me tournai vers l'intéressé et dis dans un allemand parfait :
« Je m'appelle Serena »
Il sourit
« Merci »
Je souris vite fait et déguerpis. Il manquerait plus qu'il me drague celui-là ! Je rejoignis les 4 filles qui m'attendaient.
« Tiens ton papier. La prochaine fois que tu me fais un plan louche comme ça, t'es morte ! »
Mais Louisa ne m'écoutait pas, elle était fixée sur le papier que je venais de lui rendre, elle le fît voir à ses copines.
« Il se passe quoi ? »
Je lui pris le papier des mains et lus dessus :
« Pour une inconnue très mignonne que j'espère revoir. Tom »
C'était quoi ce délire ? Je rêvai pas, j'étais bien en train de me faire draguer par un ado en quête d'expérience !
« Alors là, si t'as pas la côte !
- Oh c'est bon ta gueule. Bon vous avez fini, on peut y aller ? »
Nous prîmes la direction de la sortie. Arrivées dehors je les entraînai non loin de là, dans un petit café. Il me fallait un rafraîchissement et vite. C'est pas que j'aimais pas me faire draguer, bien au contraire. Tout ce qui consistait à séduire et à plaire, j'adorais et je le faisais très souvent. Mais là ! Me faire draguer par un gamin même pas majeur je suis sûre ! Ouais, je sais très bien ce que vous vous dîtes là : vous vous dîtes « elle a que 20 ans et elle traite tout le monde de gamin ? » Je sais je sais, c'est depuis que j'ai eu 20 ans d'ailleurs que ça a commencé. Toutes personnes ayant en dessous de 20 ans, je les appelle gamin, allez savoir pourquoi. Mais ce n'était pas péjoratif !
Bref revenons-en à notre sujet, là je m'écarte ! Okay, il était plutôt mignon, voir même, pas mal du tout ce dreadu. Mais voilà, il faisait parti des Tokio Hotel. Et moi je les supportais pas, pour une raison inconnue. Je les connaissais pas pourtant mais je sais pas, ça m'insupportait de voir à chaque fois à la télé tout un amoncellement de filles en chaleur qui les attendaient à la sortie de leur hôtel ou de leur studio. Et le pire je crois, c'est quand ils bloquaient carrément une rue entière pour eux ! Ouais, ça c'était carrément débile ! Le jour où il l'avait fait à Paris, comme par hasard il a fallu que ça tombe le jour où j'avais un entretien d'embauche super important ! Un entretien raté, que j'ai manqué mais qui m'aurait valu une place en or. Oui, je crois que c'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à les détester. Vous avez vu comment c'est facile de remonter à la source du problème ? Une petite réflexion et hop ! Vous trouvez la solution !
Enfin bon, pas la peine d'être mauvaise comme ça, après tout je ne les connaissais pas, alors je ne devais pas les juger aussi vite. C'est sûr que s'ils n'étaient pas là, je serais certainement à Paris là, avec un taf d'enfer, un petit appart' rien qu'à moi, et pas ici. Stop ! C'est bon arrêtons de nous faire du mal, ça ne servait à rien de penser au passé !
Quand nous fûmes assises sur la terrasse, les filles commencèrent à s'exciter sur les Tokio Hotel. Je mis mes mains dans mes poches et sentis le téléphone de tout à l'heure. C'est vrai, je l'avais totalement oublié celui-là ! Je commençai à chercher un nom dans le répertoire. Il devait y en avoir plus de 100.
« Tu le sors d'où ce téléphone ?
- Un type l'a fait tomber tout à l'heure en me bousculant. »
Gustav ! J'appuyai sur le bouton vert pour appeler. J'aimais bien l'originalité du prénom écrit sans « e ». Du moins, le type du téléphone devait être un original, son téléphone était en allemand. Un fanatique ? Je tombai direct sur la messagerie, elle aussi en allemand. Décidément ! Heureusement que je parlais allemand ! Par prudence je laissais un message en allemand.
« Bonjour, j'ai trouvé ce téléphone par terre. Comme tu es dans le répertoire, tu dois connaître son propriétaire alors merci de me rappeler. »
Hop, dans la boîte ! Je sais le tutoiement, c'était pas terrible, mais je n'aimais pas vouvoyer, ça vieillissait trop !